Faux souvenirs induits en psychothérapie et fausse mémoire

Les "10 commandements" du thérapeute de la mémoire "retrouvée".

Le thérapeute qui pratique la thérapie de la mémoire "retrouvée" (TMR) suit les enseignements de Sigmund Freud et sa théorie initiale de la séduction. Cette théorie stipule que tous les parents séduisent sexuellement leur enfant: le père, les filles, et la mère, les garçons. Freud avait reçu en effet les confidences de ses patientes sur des actes sexuels perpétrés par le père. Cette théorie ayant suscité l'indignation de la Société Viennoise, S. Freud y avait finalement renoncé pour la remplacer par la théorie du complexe d'Oedipe. Dans cette version c'est la fille qui est amoureuse de son père et le fils amoureux de sa mère. Les récits d'abus sexuels des patients deviennent alors des "fantasmes".

Les hypothèses de la théorie freudienne

  1 - Tous les troubles de la personnalité et les pathologies psychologiques, à l'âge adulte, auraient une origine sexuelle.

  2 - La personnalité d'un individu se composerait d'un "moi" conscient et d'un "surmoi" inconscient. L'inconscient est la plupart du temps caché et ne s'exprimerait qu'en de rares occasions (lapsus,...).

  3 - L'inconscient aurait un rôle protecteur, il refoulerait les évènements traumatiques pour permettre à l'individu de vivre normalement.

  4 - Le refoulement est donc ce qui permettrait à l'individu d'oublier les évènements traumatisants.

  5 - Les souvenirs qui sont restés dans la mémoire de l'individu ne seraient pas pathogènes, seul les souvenirs "refoulés" seraient susceptibles de créer des troubles de la personnalité à l'âge adulte.

L'application à votre cas

  6 - J'ai diagnostiqué chez vous à l'aide de plusieurs symptômes, (voir la liste en ANNEXE), que vous avez été sexuellement abusée dans votre enfance. Si vous n'en avez aucun souvenir, c'est normal, mais nous allons les retrouver. Faites-moi confiance.

  7 - Pour guérir de votre mal-être il suffit donc de faire parler l'inconscient pour retrouver vos souvenirs "refoulés". J'ai une technique infaillible pour faire parler l'inconscient : l'hypnose, l'interprétation des rêves, ...Lire notre page "Les Techniques" qui détaille les procédés employés.

  8 - Vous n'êtes coupable de rien, les seuls coupables sont les abuseurs ( en général votre père ou votre mère), on les fera payer.

  9 - La première chose à faire est de rompre tout lien avec votre parent toxique ainsi qu'avec tous ceux qui le soutiennent.

  10 - Si vous voulez guérir, il vous faudra créer une "confrontation" publique avec votre abuseur, au cours d'un repas de famille, par exemple, et si la loi le permet (il y a prescription au bout de 20 ans) l'attaquer en justice pour demander réparation.

E. Zarifian décrypte pour nous cette idéologie

Édouard Zarifian est un psychiatre, universitaire et psychothérapeute français, proche des psychanalystes. Il a écrit en 1988 un livre: Les jardiniers de la folie qui décrypte la théorie sous-jacente à cette dérive, page 192-193 :

"A partir de la théorie psychanalytique et de son honnête application sur le divan, une idéologie psychanalytique totalitaire s’est développée. [...] Entendons-nous bien cette vision n’est pas une critique de la théorie psychanalytique ni de ses applications raisonnées. C’est l’exposé d'une idéologie qui s'est nourrie de la psychanalyse et qui l’a caricaturée en allant beaucoup trop loin dans ses généralisations. Si les plus chevronnés des psychanalystes ne sont pas dupes de cette idéologie, ce n'est pas le cas d'un grand nombre d’adorateurs bêlants qui aveuglés, fascinés, propagent avec fanatisme l’idéologie et l’entretiennent aux limites de l'absurde."

Puis page 196: Il poursuit:
"Mais les vraies victimes ce furent comme toujours, les malades et leurs familles. Les patients devaient épouser l’idéologie de leurs soignants. C'est un acte de foi qui leur était demandé. L’idéologie aveugle, appliquée de manière systématique écartait des malades de méthodes thérapeutiques efficaces et renforçait leur pathologie. Les familles étaient particulièrement malmenées. Convaincues de leur lourde responsabilité dans la genèse des troubles de celui qui souffrait, elles étaient tenues à l’écart de toute information au nom de la sacro-sainte relation duelle.
Le couple soignant/soigné devenait l’adversaire acharné de la famille coupable."

Elizabeth Loftus cite les affirmations de ces thérapeutes

D’après Loftus et Ketcham: Pour aider les patients à retrouver leurs souvenirs,la thérapeute Susan Forward, adepte de cette thérapie, explique dans son livre «Betrayal of Innocence» sa méthode. Lorsqu’elle se trouve face à une patiente elle affirme : « Vous savez , d’après mon expérience beaucoup de gens qui ont des problèmes semblables au vôtre ont eu une mauvaise expérience dans leur enfance ; ils ont par exemple été molestés ou battus. Peut être quelque chose de semblable vous est-il arrivé ? »

D’autres praticiens disent :
« J’ai l’impression à vous entendre que vous avez été abusée sexuellement dans votre enfance », [...] « Si vous avez le moindre doute, si vous en avez un souvenir même très vague, alors cela s’est probablement passé »,[...] « Si vous pensez que vous avez été abusée et si votre vie en montre les symptômes, c’est que vous l’avez été ».

Les patients, certains d’avoir retrouvé la cause de leur souffrance intérieure, croient fermement que tous leurs problèmes d’adulte résultent d’un traumatisme sexuel survenu dans l’enfance et que, s’ils parviennent à en retrouver le souvenir, ils seront guéris. Ils conçoivent leur personnalité comme ayant survécu à un abus sexuel et accusent leurs parents d’inceste, refusent tout contact et relation avec qui que ce soit qui n’accepte pas leur nouvelle croyance.
Pourtant, aucun de ces prétendus souvenirs d’enfance n’a existé avant le début de la thérapie. Ces enfants qui étaient autrefois gentils et affectueux avec leur famille la rejettent maintenant.

ANNEXE 1: Les symptômes de l'abus sexuel selon Helen Bass ** et les autres...

La liste des "symptômes" comprend entre autres :
Dans l'enfance:
- l’énurésie qui s’est prolongée audelà de la petite enfance,
- les enfants qui se sont masturbés ont probablement été agressés sexuellement,
- les enfants qui ont "joué au docteur" ont probablement été agressés sexuellement,
A l'âge adulte:
- les maux de tête,
- les intestins irritables,
- la peur d'être seul dans l'obscurité,
- des cauchemars,
- une mauvaise image de son corps,
- l'arthrite,
- la nervosité,
- la recherche de l’amitié et de l’attention des autres,
- la crainte de perdre le contrôle de soi,
- la culpabilité,
- la honte,
- une faible estime de soi,
- la peur des risques,
- la difficulté à se mettre en colère,
- l'impression d'être fou,
- le sentiment d'être différent,
- la peur de l’acte sexuel, ou la recherche de plusieurs partenaires,
- les règles douloureuses,
- des parents alcooliques,
- les accès de colère non motivés,
- la paranoïa,
- l'anorexie,
- la boulimie,
- l'obésité,
- etc.
**
- The Courage to Heal, Bass et Davis, 1994, p. 37 et suiv.
- Le psychologue Ray London, en 1995, a établi une liste de 900 symptômes différents, prétendumment révélateurs d’abus sexuels.
- En français, le livre Les Ravages des faux souvenirs, B. Axelrad, 2010, p. cite également une partie de ces symptômes.

ANNEXE 2: Les types d'abus sexuel selon Helen Bass (p.26)
et les autres thérapeutes des TMR

Les "agressions" peuvent revêtir plusieurs formes des plus anodines aux plus violentes:

1- Des formes anodines mais utilisées par le thérapeute, et parfois amplifiées par le souvenir:
- avoir vu son père ou sa mère nus, (ou être vu nu) *
- avoir vu ses parents faire l'amour **
- être l'objet d'un regard interprété comme sexuel
- avoir pris son bain avec son père ou sa mère (et savonné par l'un d'entre eux)
- avoir entendu ou cru entendre des propos à caractère sexuel ***
- avoir dormi dans le lit de ses parents, un soir de gros chagrin
- avoir été prise dans ses bras par son père pour être consolée
   (Sophie Poirot raconte qu'à la mort de sa mère... ****)
- avoir eu des bisous dans le cou par son père ou sa mère
- avoir subi des examens médicaux sur des parties génitales
- avoir reçu des caresses ressenties comme excessives
- ...
Helen Bass admet (p.25) que plusieurs sortes d'abus sexuels peuvent ne pas être douloureux ou pénibles. Il ne reste pas de traces.
"Certains ne sont même pas physiques. Votre père peut très bien être resté à la porte de la salle de bains faisant des remarques suggestives ou se contentant simplement de regarder. Votre oncle peut s'être promené nu, attirant votre attention sur son pénis..."

Notes:

**** Sophie Poirot a raconté pendant le procès de Benoit Yang Ting: "Quand ma mère est morte, j'avais 16 ans, mon père m'avait prise dans ses bras, c'était quand même normal... Mais Yang Ting demandait: Est-ce que votre père n'avait pas de désir?. Ca a commencé comme ça...".

Les notes suivantes sont extraites de: "Sur les pas de Lacan ou pour une écoute revisitée de l'Inconscient : quelques exemples cliniques." Louise Grenier publié le 3/11/2011. (Louise Grenier, Psychologue, Psychanalyste Membre de l'Ordre des psychologues du Québec (O.P.Q.)

Les "scènes primitives" (en allemand « Urszene » ou « scènes infantiles » selon Freud :

* Freud reconnaît dans une lettre à Wilhelm Fliess du 3/10/1897 que, quand il avait entre 2 ans et 2 ans ½, il a aperçu sa mère nue : « ma libido s’est éveillée envers matrem (mère en latin) et cela à l’occasion d’un voyage fait avec elle de Leipzig à Vienne au cours duquel nous avons dû passer une nuit ensemble et où il m’a certainement été donné de la voir nudam (nue en latin) ».
[…] Comme à l’accoutumée, Freud fait de ses fantasmes personnels une règle générale voire universelle.

** Le patient de Freud, L'homme au loup, aurait vu ses parent faire l'amour à un moment où l'aiguille de l'horloge aurait indiqué le V). Selon la théorie freudienne, la forme de lettre (V ou W), symbolise la castration, dans un rêve où on arrache ses ailes à une guêpe. Sous forme graphique, enfin, le V figure les oreilles dressées du loup qui désignent pour toujours, à la postérité, ce célèbre patient de Freud.

*** On fait référence ici à l'expression "p'tit soldat" qui aurait conduit, selon le psychanalyste, ce patient à devenir homosexuel. Il aurait, dans son enfance, entendu sa mère, qui l'emmenait au café, commander : "ah, pour lui, un p'tit soda". L'inconscient aurait traduit : petit soldat.

2- Des agressions sexuelles plus violentes, (de celles qu'on n'oublie probablement pas)
- avoir reçu des caresses appuyées à caractère sexuel, en anglais "fondling",
- avoir pratiqué une fellation à un parent,(ou à un frère ou une soeur), en anglais oral sex,
- avoir été pénétré,
- avoir assisté à des vidéos sexuelles ou pornograhiques,
- avoir vu des photos de séduction ou à caractère sexuel,
- avoir été impliqué dans des actes de prostitution enfantine,
- avoir subi des tortures sexuelles,
- et bien entendu avoir été violé(e).