Faux souvenirs induits en psychothérapie et fausse mémoire

Le mythe de l'hypnose pour mieux se souvenir
Dernière mise à jour le 03 mai.2015


L'hypnose ne permet pas de retrouver la mémoire de faits réels...

Le Huffington Post publie le 23 décembre 2013 sous le titre : L'hypnose ne permet pas de retrouver la mémoire de faits réels... la correspondance du Dr Jean-Marc Benhaiem, médecin hypno thérapeute, à Ambroise Paré et à l'Hôtel Dieu (Paris) * que voici : :

"Cécile T. veut porter plainte pour un viol qu'elle aurait subi à l'âge de cinq ans. Elle aurait retrouvé ce souvenir à la suite d'une thérapie par l'hypnose. Ce mercredi 18 décembre la Cour de cassation a rejeté sa demande : après plus de trente ans, il y a prescription. Le jugement a été rendu sur la forme mais n'a pas pris position sur le fond.

Depuis quelques années, régulièrement, médecins et psychologues pratiquant l'hypnose sont sollicités par des patients désireux de retourner dans leur passé. Certains veulent simplement retrouver et revivre des moments de leur enfance dont ils n'ont plus aucun souvenir. D'autres imaginent avoir subi un traumatisme, des attouchements, un abus sexuel étant enfant et voudraient que l'hypnose leur ravive la mémoire.

Tous les thérapeutes savent ou devraient le savoir : la mémoire n'est pas constituée d'un disque dur qu'il suffit d'activer pour obtenir les images du passé. La mémoire est vivante. Elle se modifie en permanence. Elle est individuelle et différente d'une personne à l'autre. Elle n'est pas une camera de surveillance. Elle ne capte que certaines images et pas d'autres. La mémoire peut aussi transformer la réalité et la voir autrement que ce qu'elle est, parce qu'elle ne réagit qu'à certains faits et pas à d'autres.
Nous avons donc d'une part une mémoire incapable de nous restituer une vérité historique de ce qui a été vécu et cela d'autant plus que les faits sont anciens. Et d'autre part, une séance d'hypnose qui est censée l'activer et l'amplifier. Si l'hypnose peut parfois favoriser la mémoire, par des associations et par une plongée dans l'imaginaire, elle ne peut donc faire revenir que des souvenirs parcellaires, non fiables pour les faits bruts et transformés par des reconstructions permanentes.

Les instances judiciaires et juridiques ont donc raison de douter de la véracité de souvenirs trop anciens et encore plus si ces souvenirs sont revenus sous hypnose. Aux USA, depuis l'épidémie des faux souvenirs des années 70, la Police n'a plus recours à l'hypnose pour raviver la mémoire des témoins et la Justice ne tient plus compte des souvenirs retrouvés sous hypnose.

L'hypnose médicale offre cette possibilité d'inventer, de créer et d'imaginer. Sa puissance thérapeutique provient de cette liberté et de cette malléabilité très utile sur des problèmes complexes. L'hypnose peut créer de faux souvenirs parce qu'elle a pour objectif le soulagement de la souffrance. Mais ces souvenirs n'ont aucune valeur pour le Police ou la Justice : ils sont fabriqués de toute pièce.

La vraie application de l'hypnose n'est pas la remémoration, mais l'oubli. La plupart des pathologies obsessionnelles, les regrets, la rumination, les plaintes, les culpabilités et les douleurs, attendent leur remède : l'oubli. Oublier n'est pas ne pas savoir. Oublier c'est ne plus se référer au passé pour exister. Tous ceux qui veulent réactiver le passé devraient penser qu'ensuite il leur faudra oublier pour trouver un apaisement."

Commentaire reçu sur le site du Huffington Post :
Mabulle 23 DÉC 19:56
Enfin un article qui aborde ce sujet, une voix qui s'élève pour dire la réalité de ces thérapies. Il est souvent difficile face à ces témoignages très douloureux, d'oser dire qu'ils ne sont peut être pas réels. Mais pourtant il faut le dire! Aux États Unis des gens se sont retrouvés en prison sur la foi de témoignages qui n'étaient que des souvenirs induits. J'espère qu'en France on réagira avant que ça ne dégénère.

* Note :Lire l'article ...ici


Hypnose et faux souvenirs...pour une approche réaliste.

Un débat intéressant s’est engagé le 17 oct. 2013 sur le forum de l’Observatoire Zététique. Ce débat est animé notamment par Jerem, un psy, thérapeute et spécialisé en hypnose. Il exprime une approche intelligente, ce qui nous réconcilierait (presque) avec cette pratique! car il y a encore trop de thérapeutes qui n'ont pas fait ce pas... Si vous voulez en savoir plus sur l'hypnose, lisez attentivement ce que dit le thérapeute Jérémie Royaux :

Note : Les sous-titres sont de Psyfmfrance. Voici le lien pour accéder au forum OZ original : cliquer...ici

L'hypnose c'est quoi ?

"Il existe deux visions de l'hypnose à la base. Une vision "étatiste" (ndlr. qui relève d'un "état" de la conscience) qui postule que l'hypnose est un état particulier. Et une vision "non étatiste" qui postule que l'hypnose est un phénomène de psychologie sociale, une sorte de jeu de rôle lors duquel le patient rentrerait plus ou moins fort dans la peau du personnage qu'il croit jouer. Actuellement, on est + ou - tous d'accord pour dire que le partie non étatiste, et donc sociale, est vraie.
Le sujet "joue le jeu", il se plonge dans ce que propose le thérapeute avec un lâché prise important. Le résultat est un mélange de quelqu'un qui écoute une histoire avec quelqu'un qui fait une sorte de rêve éveillé. L'imagination fonctionne donc d'une manière un peu "automatique" ou spontanée, comme quand on est à moitié endormi et que l'esprit s'égare sans qu'on contrôle rationnellement ce vers quoi il se dirige."

Comment travaille un hypnothérapeute ?

"L'hypnothérapeute a reçu une formation intensive sur l'usage du langage, des suggestions, de l'imagination. Il sait en principe parfaitement quand il suggère quelque chose (ça fait partie des stratégies thérapeutiques) et quand il permet juste au sujet d'exprimer ce qu'il ressent ou ce qu'il pense. Le problème, c'est que dès qu'on veut "orienter" l'imagination vers des souvenirs, il est déjà impossible de ne pas influencer le sujet puisqu'on lui sert de guide."

L'hypnose peut-elle créer des faux souvenirs ?

"Quand on travaille sur un souvenir traumatique, on ne cherche pas à retrouver une réalité. Juste à replonger la personne dans le souvenir qu'elle reconstitue (la mémoire n'est pas un disque dur, chaque accès aux données est une reconstruction, le souvenir se modifie donc à chaque accès). On aide essentiellement la personne à modifier son souvenir pour qu'il perde son caractère traumatique. C'est assez simple car la mémoire s'y prête bien.
Par contre, quand on veut retrouver un souvenir oublié, on se retrouve dans l'obligation de suggérer des choses, et donc :
1. le sujet va reconstituer son souvenir, et
2. le sujet va tenter de combler les vides là ou ils existent si on insiste... Son cerveau va finir par combler le vide comme il peut... en inventant quelque chose de cohérent à partir de ce qu'il connait (le vécu, la culture,...).
Il est impossible de retrouver un souvenir sans le polluer. Comme quand on récupère une arme a feu sans gants... on contamine systématiquement l'évidence (ndlr. le mot anglais pour dire "preuve" ou "pièce à conviction")... la différence étant qu'avec l'hypnose, il n'existe pas de gants... on ne peut que foutre ses sales mains sur les pièces à convictions, et personne ne peut prévoir les effets.
L'hypnose a d'ailleurs perdu depuis longtemps valeur de preuve dans les tribunaux partout dans le monde civilisé. Et la majeure partie des hypnothérapeutes diplômés en psychologie diront aux clients que l'hypnose ne peut servir à retrouver un souvenir oublié avec efficacité."

Un hypnothérapeute est-il toujours directif ?

"Une dernière remarque sur le coté social de l'hypnose. Les thérapeutes actuels sont souvent peu directifs, très axés sur les valeurs et le respect du système de pensée de la personne. Ils s'appuient sur la vision de la personne pour l'aider... Ce qui est bien différent d'essayer d'imposer sa propre vision au sujet (même pour son bien). Lorsqu'un thérapeute est autoritaire, directif, et tente d'influencer le sujet pour obtenir ce qu'il veut, on retrouve le même type de relations qu'on peut observer au niveau des gourous de sectes... Ils utilisent d'ailleurs souvent leur autoritarisme et leur position de "celui qui sait" pour influencer et faire douter leurs adeptes afin de les soumettre... "

Peut-on hypnotiser n'importe qui ?

" 1)Tout le monde peut être hypnotisé, il suffit d'accepter de participer.
Il existe donc 3 exceptions :
- les gens ayant une pathologie psychiatrique grave, genre schizophrénie,
- certains sujets avec un retard mental important (et encore) et
- les gens qui ne veulent pas être hypnotisés.
2)Faire de l'hypnose c'est comme faire de la relaxation ou de la méditation... c'est rien de magique, donc aucune raison de penser qu'une personne ne peut pas le faire... Tous mes clients arrivent à entrer dans l'état d'hypnose à la première séance, facilement. Suffit d'écouter. "

Qu'en est-il de la passivité du sujet ?

"Concernant la passivité. Oui, c'est une sorte de jeu de rôle social. tu acceptes de te laisser guider par quelqu'un (car la relation thérapeutique est bien établie et tu lui fais confiance). Ce faisant, tu te laisses guider et ton attention devient très centralisée sur ce qu'on travaille. On oublie un peu le reste (comme quand on joue de la musique par exemple). Mais on établit toujours la relation avant de faire de l'hypnose, donc ce n'est jamais mal vécu par les gens. Sache aussi que la passivité n'est présente que dans un premier temps car, en général, plus tard dans la séance, on va confier des tâches au patient, lui demander d'imaginer quelque chose, d'être à l'écoute de ses sentiments, d'imaginer comment résoudre un problème, ou comment trouver la force en lui pour avancer... "

Alors finalement l'hypnose est-elle une thérapie?

"L'hypnose n'est plus directive, la mode actuelle consiste à être le moins directif possible et le plus humaniste. On évite donc d'être autoritaire ou d'imposer. C'est vraiment une forme de soutien, d'encouragement, avec des exercices cognitifs avec l'imagination. Mais il est vrai que les hypnothérapeutes n'ont pas toujours été comme ça, et ils étaient plus directifs avant.
Il faut bien comprendre que l'hypnose c'est un outil, un apprentissage du fonctionnement humain... mais le contenu des séances, ça dépend du thérapeute et de son approche... On peut donc faire de l'hypnose de pleins de manières différentes... A la manière psychanalytique par exemple... ou encore à la manière des TCC (hypnose cognitive). L'hypnose c'est l'étude des moyens pour arriver dans un état modifié de conscience et l'étude des moyens pour utiliser le langage, la suggestion, l'imagination... mais on apprend pas quoi faire avec ces moyens... ça on l'apprend ailleurs, dans notre approche thérapeutique. L'hypnose n'est pas une thérapie, mais un outil... Et c'est très rare que les gens développent un malaise après l'hypnose, mais ça peut arriver. J'ai le cas 2-3 fois par an. Surtout par rapport à des traumas, plus d'infos dans mon article sur le blog inné et acquis : cliquer...ici"

L'hypnose et Sigmund Freud ?

"A ce niveau, on peut citer Freud qui, avant d'utiliser les associations libres en psychanalyse, utilisait l'hypnose. C'était l'époque de sa première "croyance" qui consistait dans le fait que les troubles psychologiques étaient souvent liés à des abus sexuels infantiles... Et il a donc utilisé l'hypnose pour "retrouver" ces abus... avec grand succès ... heureusement il a fini par se rendre compte qu'il en trouvait un peu trop et que c'était louche... il a alors abandonné l’hypnose, voyant la suggestion comme quelque chose de négatif. En gros : quand on cherche et qu'on insiste, avec autorité et directivité, on pousse le patient à répondre à cette demande (ce qui rejoint le coté phénomène psychosocial de l'hypnose)."

L'hypnose faux souvenirs et personnalité multiple ?

"Pour ceux qui veulent en savoir plus sur les faux souvenirs et thérapies des mémoires retrouvées, je mentionne également les excellents articles de Brigitte Axelrad de l'OZ : Sur son site : cliquer...ici

Voici aussi un dossier qu'elle a réalisé pour l'OZ : cliquer...ici
- Faux souvenirs et personnalité multiple
- Le phénomène de personnalité multiple
- Le trouble de personnalité multiple
- La fabrication de Sybil
- Au-delà de Sybil et des souvenirs d'inceste
- Les origines théoriques de la personnalité multiple
- Le rôle des féministes
A lire :) "

Enfin...Le cas d'Emma Woods traitée par le Dr Jacobs qu'en penses-tu ?

"En gros il s'agit d'une femme qui pense avoir vécu plusieurs événements étranges dans sa vie et que son thérapeute finit par envoyer chez le Dr Jacobs, spécialiste reconnu des enlèvements. Ce dernier va alors mener une longue série de séances d'hypnose avec Emma afin de l'aider à "retrouver" au mieux ses souvenirs.... malheureusement pour elle, l'expérience va progressivement dériver vers une relation de pouvoir et d'abus digne des pires gourous de secte.

Ce qui est génial c'est que les séances ont été retranscrites et même parfois enregistrées... Et on peut lire / écouter les passages sur le site et donc se faire son propre avis (même s'il existe déjà des avis de qualité sur la question.
- 91 sessions d'hypnose... de plusieurs heures ont été menées par le Dr Jacobs. Ce fait est très étrange... en tant que psy et thérapeute spécialisé en hypnose, je n'arrive pas a imaginer comment on peut trouver du contenu à un tel nombre de séances... Une thérapie brève par hypnose peut durer une dizaine de séances. Une thérapie comportementale 15-20 séances... mais 91? C'est donc pour le moins curieux... surtout vu la durée des séances... Je pense que les hypnothérapeutes font des séances de moins d'une heure pour la majorité d'entre eux.
- Globalement, le travail du Dr Jacobs s'apparente à une tentative progressive d'assujettir Emma Woods aux fantasmes du docteur sur les aliens. Fantasmes qu'il va habilement valider et rendre réel en abusant de toutes les ficelles de l'hypnose et de la suggestion pour forcer Emma a revivre une histoire violente, pleine d'abus, de paranormal, de sexe et de désespoir. Ses discours sur l'hypnose et les recommandations qu'il fait sur son site montre qu'il est tout a fait conscient des risques et des dangers, ce qui le rend encore plus coupable de ce rapport qu'il entretien avec Emma qui s'apparente au lavage de cerveau qu'on trouve dans les pires sectes.


Le Dr Jacobs a violé de manière flagrante et indiscutable toutes les règles éthiques qu'on peut trouver dans l'hypnose ou la thérapie. Et les bandes audio et compte rendus dont j'ai pris connaissance ne laissent aucun doute la dessus. Ce type devrait être trainé devant les tribunaux pour ce qu'il a fait..."


Hypnose et suggestibilité : son utilisation en anesthésie.

Le Journal International de Médecine a publié un article intitulé L'hypnose en anesthésie dont nous avons extrait la citation suivante :
"Tout est dans la suggestion, et Bernheim affirme catégoriquement: «les phénomènes de suggestion ne sont pas fonction d’un état magnétique (voir Mesmer), ni d’un état hypnotique (voir Braid), ni d’un sommeil provoqué (voir Liébault). Ils sont fonction d’une propriété physiologique du cerveau qui peut être actionnée à l’état de veille, la “suggestibilité”». La suggestibilité peut se définir comme l’aptitude du cerveau à recevoir ou évoquer des idées et sa tendance à les réaliser, à les transformer en actes."
Vous pouvez lire l'article en entier cliquer...ici

Commentaire de Psyfmfrance : La lecture de cet article nous éclaire sur l'hypnose. Cela peut bien fonctionner chez des personnes suggestibles, elle peut permettre de réduire les doses d'anesthésiants chimiques pour les interventions chirurgicales, en modifiant le seuil de perception de la douleur. Mais son utilisation pour retrouver des "souvenirs enfouis" relève d'une manipulation mentale chez un patient en état de fragilité.


Hypnose eriksonienne

L'hypnose ericksonienne est issue de la pratique de Milton Erickson (1901-1980).
Le credo des hynothérapeutes eriksoniens:
Selon ses promoteurs, "l'hypnose ericksonienne a pour but d'amener conscient et inconscient à travailler ensemble. En état hypnotique, le sujet va pouvoir, grâce aux suggestions qui lui sont faites, aller dans son passé, retrouver des souvenirs oubliés, aller aux sources de son mal-être actuel. Cependant, la régression n'est qu'une utilisation de l'hypnose parmi tant d'autres."
Mais ils prennent toutefois des précautions :
"Il faut cependant préciser que le souvenir peut provenir de notre réalité interne, (fantasme), ou externe (vécu), sans que le niveau conscient ne puisse faire la différence. Lorsque les souvenirs réels sont insuffisants, le sujet peut, à l'aide de son imaginaire, se construire de faux souvenirs. C'est ainsi que certains hypnothérapeutes peuvent par leurs croyances influencer, sans le savoir (sic !), le sujet. Ce que l'on sait aujourd’hui, c'est que le cerveau a la possibilité de modifier nos souvenirs et qu'il peut y avoir une fausse remémoration."
L'hypnose ericksonienne est donc une pratique sujette à caution.


L'Hypnose et les charlatans

Voici un témoignage reçu à Psyfmfrance :
Il s’agit une patiente à qui son thérapeute, un médecin en retraite, avait révélé des abus subis dans l'enfance, en prétendant avoir recueilli son récit sous hypnose. Troublée, elle en a parlé à son mari qui lui a proposé d’enregistrer la suite de ces révélations lors de la séance suivante à l’aide d’un magnétophone dissimulé. A sa grande surprise, le magnétophone a parfaitement enregistré les propos du thérapeute mais aucune trace de ses réponses. La supercherie éventée, la patiente nous a demandé conseil pour la suite à donner.


Hypnose : processus, suggestibilité et faux souvenirs

livre hypnose

PsychoTémoins (CNRS-INIST) signale le 8 novembre 2013, la parution aux Editions De Boeck de l’ouvrage « Hypnose : processus, suggestibilité et faux souvenirs », par Frédérique Robin, Maître de conférences en psychologie cognitive à l’Université de Nantes et chercheur au Laboratoire de Psychologie des Pays de la Loire. Cet ouvrage fait le point sur les théories scientifiques de l’hypnose. En outre, il rend compte des implications de l’hypnose sur la récupération des souvenirs.



Hypnose Justice et Droit en France

droit et hypnose

- L'article de Catherine Puigelier et Charles Tijus, dans Science Éthique et Droit
Ed. Odile Jacob mai 2007,
ISBN : 978 – 7381 – 1983 – 4, Pages 149 et suivantes. Les auteurs écrivent :
"Un arrêt du 12 décembre 2000 de la chambre criminelle de la Cour de cassation a posé que le recours à l’hypnose n’était pas conforme aux dispositions légales relatives au mode d’administration des preuves en matière pénale et, partant, portait atteinte aux intérêts des personnes mises en examen.[…]
Dans cette affaire, un juge d’instruction avait commis un hypnologue et un sophrologue - expert non inscrit sur la liste, mais ayant à plusieurs reprises participés à des expertises judicaires – afin qu’il procède à la mise sous hypnose d’un témoin ayant préalablement donné son accord en présence d’enquêteurs de la section de recherche chargés d’acter ses déclarations. La chambre d’accusation de la cour d’appel de Rennes, avait estimé le 18 mai 2000, que si l’efficacité d’une telle technique, mise en œuvre dans des conditions normales de forme, pouvait être discutée, l’audition ainsi réalisée, n’était pas irrégulière et n’avait pas eu pour effet de porter atteinte aux intérêts des mis en examen.
La Cour de cassation a censuré cette décision(1), en ce qu’elle avait rejeté la requête en annulation des actes de la procédure relatifs à l’audition sous hypnose du témoin pour avoir violé les articles 81, 101 et 109 du code de procédure pénale. Elle a par ailleurs réitéré, le 28 novembre 2001, son rejet – tout en l’affinant – d’une audition sous hypnose d’une personne intervenue à l’instance pénale, non pas cette fois en tant que témoin, mais en tant que personne mise en examen.
(1) Cass. crim., du 28 novembre 2001 arrêté N° 7546


Les 50 grands mythes de la psychologie populaire

Un de nos correspondants universitaires nous a signalé ce livre paru en 2010, en anglais, aux Éditions Wiley-Blackwell. Nous en avons extrait les mythes 11, 12 & 13 qui se rapportent aux faux souvenirs induits "retrouvés" en thérapie.
- Mythe 11 : La mémoire humaine fonctionne comme un magnétophone ou une caméra vidéo
- Mythe 12 : L'hypnose est utile pour récupérer des souvenirs d'événements oubliés.
- Mythe 13 : Les individus refoulent communément les souvenirs d'expériences traumatiques.
Nous en avons assuré la traduction française. Les sous-titres sont de Psyfmfrance.


Les auteurs du livre: Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn, John Ruscio, Barry L. Beyerstein.

les 50 mythes

Scott O. Lilienfeld est professeur de psychologie à l'Université Emory à Atlanta. Auteur d'articles de revues, plus de 200 articles de revues, chapitres et livres, il est récipiendaire en 1998 du prix David Shakow en début de carrière pour contributions remarquables à la psychologie clinique de la division 12 (Society for Clinical Psychology) de l’American Psychological Associa (APA). Il est un ancien président de la Société pour une science de la psychologie clinique et Fellow de l'Association pour Psychological Science. Il est rédacteur en chef de la Revue scientifique de la pratique en santé mentale. Les principaux domaines de recherche du Dr. Lilienfeld sont les troubles de la personnalité, la classification psychiatrique et le diagnostic, les pseudosciences en santé mentale, et l'enseignement de la psychologie.

Steven Jay Lynn est professeur de psychologie et directeur de la Clinique de psychologie de l'Université d'État de New York à Binghamton. Dr Lynn sert dans 11 comités de rédaction, et il a publié 270 publications scientifiques, dont 16 livres. Il est ancien président de la division de l'APA de l'hypnose psychologique, et il a été le récipiendaire du Prix du Chancelier de l’Université d'Etat de New York pour les activités de bourses et créativité. Il est membre de l'APA et de l'Association for Psychological Science, et sa recherche a été financée par l'Institut national de la santé mentale (NIH). Ses principaux domaines de recherche comprennent l'hypnose, la mémoire, les fantasmes, et la dissociation.

John Ruscio est professeur associé de psychologie au Collège du New Jersey. Ses intérêts de recherche incluent les méthodes quantitatives pour la recherche psychologique et les caractéristiques des pseudosciences qui distinguent les sujets à l'intérieur et au-delà des confins de la science psychologique. Il a publié plus de 50 articles, chapitres et livres, y compris la pensée critique en psychologie: Séparer le Sens du Nonsense, il est membre, des conseil de rédaction, du Journal Abnormal Psychology et Évaluation psychologique, et il est le rédacteur en chef adjoint à la Scientific Review of Mental Health Practice.

Le regretté Barry L. Beyerstein était professeur de psychologie à l'Université Simon Fraser et président de la Société sceptiques de Colombie Britannique. Il a été co-rédacteur en chef de The Write Stuff (1992), éditeur associé de la Revue Scientifique des médecines alternatives, et co-auteur de nombreux articles du Skeptical Inquirer et des revues professionnelles. Dr Beyerstein a été membre du Conseil consultatif de la Foundation sur la politique des drogues (Washington, DC) et un des membres fondateurs de la Fondation canadienne pour une politique des drogues (Ottawa, Ontario).


Mythe N° 12 : L'hypnose est utile pour retrouver des souvenirs d'événements oubliés


Les cas

- En 1990, George Franklin a été reconnu coupable de l'assassinat 1969 de Susan Nason. La base de la condamnation a été les souvenirs de sa fille Eileen qu'il a brutalement assassiné Susan, son amie d'enfance, quelque 20 ans plus tôt. En 1996, les procureurs abandonné toutes les charges, et Franklin a été libéré de prison. Ce fut le premier cas très médiatisé de la «mémoire traumatique retrouvée."
- En 1994, Steven Cook a engagé une poursuite de 10 millions de dollars contre le respecté Cardinal Joseph Bernardin de Chicago. L’accusation allègue que Bernardin avait molesté Cook 17 ans plus tôt.
- En 2001, Larry Mayes a été la 100e personne à être libéré de prison en raison des tests ADN (génétique) Malheureusement, il avait passé 21 ans en prison pour le viol et le vol, avant qu’un échantillon de son ADN n'ait été prélevé. Il a été déclaré innocent.

Maintenant, considérons les faits:

- La fille de George Franklin, Janice, a déclaré que sa sœur, Eileen, lui avait dit que les souvenirs de l'assassinerat présumé avaient refait surface au cours d’une thérapie à l'aide de l'hypnose.
- L'affaire contre le Cardinal Bernardin a été démêlée lorsqu'une enquête a déterminé que des souvenirs de Cook n’ont émergé qu'après un thérapeute, qui avait terminé 3 heures d'un cours d'hypnose sur 20 heures, l’avait placé sous hypnose. Le thérapeute est titulaire d'une maîtrise d'une école non accréditée dirigée par un gourou New Age, Jean-Rodger, qui prétend être l'incarnation d'un esprit divin (Times 14 Mars, 1994).
- Mayes avait participé à deux séances d'identification policières (les suspects sont en ligne) et au cours de la prémière il n'a pas été identifié par la victime. Mais après que la victime ait été hypnotisée, elle a identifié Mayes dans une nouvelle identification en ligne, et pendant le procès la victime a exprimé une grande confiance dans le fait que Mayes l’avait agressée.


« L'hypnose est utile pour la récupération des souvenirs », est une idée largement répandue.

Ces cas remettent en question l'idée largement répandue que l'hypnose ouvre le vaste entrepôt de la mémoire, comme cela est dans nos esprits, et permet un accès précis aux événements passés. Dans chaque cas, il y a de bonnes raisons de croire que l'hypnose a créé de faux souvenirs maintenus avec une conviction quasi inébranlable. Pourtant, la croyance que l'hypnose détient un pouvoir spécial pour récupérer les souvenirs perdus persiste à ce jour.
Dans une étude avec 92 étudiants en introduction à la psychologie, 70% ont convenu que l'hypnose est extrêmement utile pour aider les témoins se rappeler des détails des crimes » (Taylor & Kowalski, 2003, p. 5).
Dans d'autres enquêtes, 90% (Green & Lynn, sous presse) ou plus (McConkey et Jupp, 1986; Whitehouse, Orne, Orne, & Dinges, 1991) des étudiants ont rapporté que l'hypnose améliore la récupération de la mémoire, et 64% ont maintenu que l'hypnose est une « bonne technique à utiliser par la police pour rafraîchir la mémoire des témoins » (Green & Lynn, sous presse).
De telles croyances sont également répandues parmi les universitaires et les professionnels de la santé mentale. Elizabeth Loftus et Loftus Geoffrey (1980) a révélé que 84% des psychologues et 69% des non-psychologues a approuvé la déclaration que « le souvenir est stockée en permanence dans l'esprit » et que «... avec l'hypnose, ou d'autres techniques spécialisés, ces détails inaccessibles pourraient éventuellement être récupéré ».


Les enquêtes auprès des psychothérapeutes

Sur un échantillon de plus de 850 psychothérapeutes, Michael Yapko (1994) a constaté que de forts pourcentages d’entre eux ont approuvé les points suivants, avec une fréquence de forte à modérée :
- (1) 75%: « l'hypnose permet aux gens de se souvenir avec précision de choses qu'ils ne pouvaient pas se souvenir autrement ".
- (2) 47%: « Les thérapeutes peuvent avoir une plus grande confiance dans les détails d'un événement traumatique lorsqu'ils sont obtenus sous hypnose que le contraire."
- (3) 31%: « Quand quelqu'un a le souvenir d'un traumatisme alors qu’il est sous l'hypnose, cela doit objectivement avoir effectivement eu lieu »
- (4) 54 %: « L'hypnose peut être utilisée pour récupérer des souvenirs d'événements réels dès la naissance.»
Dans d'autres enquêtes (Poole, Lindsay, Memon, et Bull, 1995), entre environ un tiers (29% et 34%) et un cinquième (20%; Polusny & Follette, 1996) des psychothérapeutes ont déclaré avoir utilisé l'hypnose pour aider les clients à se rappeler des souvenirs d'abus sexuels présumés.


Des croyances qui remontent à loin et qui sont partagées par le grand public.

Les croyances dans les pouvoirs de l'hypnose pour l'amélioration de la mémoire ont une histoire longue et parfois en patchwork. L'hypnose a été promue par certains comme les précurseurs (" les lumières précoces ") de la psychologie et de la psychiatrie, dont Pierre Janet, Joseph Breuer et Sigmund Freud. Janet a été l'un des premiers thérapeutes à utiliser l'hypnose pour aider les patients recouvrer des souvenirs d'événements traumatisants qu'il a supposé être la cause de leurs difficultés psychologiques.
Dans une affaire célèbre, Janet (1889) utilisait l'hypnose pour faire de la "régression" (mentalement revivre une période antérieure de son enfance) à sa patiente Marie, quand elle a été traumatisée en voyant un enfant avec une malformation faciale. En revivant, consciemment le souvenir du visage de l'enfant, Marie était supposée se libérer de symptômes de la cécité.
La croyance que l'hypnose peut aider les patients à déterrer des souvenirs enfouis d'événements traumatiques était aussi la raison d'être de l’ « hypno analyse», qu’utilisaient de nombreux praticiens dans le sillage de la Première Guerre mondiale pour aider les soldats et les anciens combattants à se souvenir d'événements qui, avaient vraisemblablement déclenchés leurs troubles psychologiques. Certains thérapeutes croient que les chances d'un rétablissement complet ont été optimisés lorsque les émotions associées aux événements rappelés ont été libérées totalement dans une soi-disant abréaction (une puissante décharge des sentiments douloureux), et la culpabilité et la colère qui ont émergé ont été traitées plus tard au cours de séances d'hypnose.
La confiance dans les pouvoirs de l'hypnose s'étend au grand public, qui sont inondés d'images de l'hypnose comme un révélateur de mémoire qui rivalise avec un magique sérum de vérité. Dans des films tels que In Like Flint, Kiss the Girls, Dead on Sight, et Résurrection syndrome , les témoins se rappellent les détails exacts de crimes ou d'événements d'enfance oubliés depuis longtemps avec l'aide de l'hypnose.


Des croyances qui touchent aussi les cliniciens.

Certains chercheurs modernes et cliniciens affirment que l'hypnose peut extraire de précieuses pépites enterrées d’informations depuis longtemps (Scheflin, Brown et Hammond, 1997).
Néanmoins, en général, la majorité de l'opinion des experts (Kassin, Tubb, Hosch, et Memon, 2001) a accepté le point que les psychologues judiciaires reconnaissent largement, que l'hypnose n'a aucun effet sur la mémoire (Erdelyi, 1994) ou qu'il peut nuire et de fausser rappel (Lynn, Neuschatz, Fite, et Rhue, 2001).
Dans les cas où l'hypnose augmente des souvenirs précis, souvent c'est parce que les gens devinent et rapportent des souvenirs quand ils ne sont pas sûr. Cette augmentation est compensée, voire dépassé par une augmentation des souvenirs inexacts (Erdelyi, 1994; Steblay & Bothwell, 1994).
Pour aggraver les choses, l'hypnose peut produire plus d’erreurs de rappel ou de faux souvenirs que le rappel ordinaire, et elle accroit la confiance des témoins oculaires en des souvenirs inexacts, aussi bien que des souvenirs exacts, (cette augmentation de la confiance est appelée « durcissement de la mémoire »). Après tout, si vous vous attendez à vous rappeller, au cours d'une séance d'hypnose, des souvenirs exacts dans tous les détails, vous avez peu de chances de croire que ce vous rapportez n'est pas vrai.
En fait, la plupart des chercheurs ont montré que l'hypnose gonfle la confiance injustifiée dans les souvenirs à un certain degré (Green & Lynn, sous presse). Bien que les personnes très influençables soient les plus touchés par l'hypnose, le rappel, même pour des individus faiblement « suggestibles » peut être altéré.
La crainte que des témoins oculaires qui sont hypnotisés peuvent ne pas résister à un contre-interrogatoire, et ont des problèmes pour distinguer le monde réel des faits, de la fiction mentale, a incité la plupart des Etats à interdire, en audience, le témoignage des témoins hypnotisés.


Des souvenirs improbables ou farfelus créés sous hypnose.

Est-ce que l'hypnose bénéficie d’un sort meilleur quand il s'agit de se souvenir des expériences très tôt de la vie? Un documentaire télévisé (Frontline, 1995) a montré une séance de thérapie de groupe dans laquelle une femme était soumise à la régression d’âge pendant l'enfance, jusque dans l'utérus et, finalement, d'être piégée dans la trompe de Fallope de sa mère. La femme a fait une démonstration convaincante de l'inconfort émotionnel et physique si l'on était en effet coincé dans cette position inconfortable.
Bien que cette femme ait peut-être cru à la réalité de son expérience, nous pouvons être tout à fait sûr que ce n'était pas basé sur le souvenir. Au lieu de cela, les sujets soumis à la régression d’âge se comportent selon leurs connaissances, leurs croyances et les hypothèses sur les comportements à l'âge pertinent. Comme Michael Nash (1987) l’a montré, les adultes en régression d’âge à l'enfance ne montrent pas les modèles attendus sur de nombreux indices du développement précoce, y compris le vocabulaire, les tâches cognitives, les ondes cérébrales (EEG), et des illusions visuelles. Peu importe la façon dont peuvent sembler convaincantes, " les expériences de régression d’âge " ne sont pas la traduction littérale des expériences de l'enfance, des comportements ou des sentiments.
Certains thérapeutes vont même plus loin en affirmant que les problèmes actuels sont imputables à des vies antérieures, et que le traitement est appelé à la « thérapie de régression dans les vies passées » avec l'hypnose. Par exemple, un psychiatre Brian Weiss (1988), qui a été montré dans l’Oprah Winfrey Show en 2008, a publié une série très médiatisée de cas portant sur des patients qu’il a hypnotisés et fait régresser pour "revenir " à la source d'un problème présent aujourd'hui. Lorsque Weiss a fait régresser ses patients, ils ont signalé des événements qu'il a interprétés comme étant issus de vies antérieures, souvent il y a plusieurs siècles.
Bien que les expériences au cours de la régression d'âge peuvent sembler convaincantes à la fois au patient et au thérapeute, les rapports d'une vie passée sont les produits de l'imagination, le fantasme et ce que les patients connait d’une période historique donnée. En fait, les descriptions des sujets sur les circonstances historiques de leurs prétendues vies passées, lorsqu’elles sont comparées aux faits connus (comme si le pays était en guerre ou la paix, le visage sur la monnaie du royaume), sont rarement précis. Un participant à une étude (Spanos, Menary, Gabora, DuBreuil, et Dewhirst, 1991), qui avait été régressé à l'Antiquité a prétendu être Jules César, empereur de Rome, en 50 avant JC, même si les désignations BC et AD n'ont été adoptées que des siècles plus tard, et même si Jules César est mort plusieurs décennies avant le premier empereur romain, Auguste. Lorsque l'information qui se rapporte à une «vie passée» se trouve être précise, on peut facilement l'expliquer comme une «bonne évaluation» qui est souvent basée sur la connaissance de l'histoire.


L'hypnose peut être utile, mais pas pour retrouver des souvenirs enfouis.

Néanmoins, tous les usages de l'hypnose ne sont pas scientifiquement problématiques. Des résultats de recherche contrôlée suggèrent que l'hypnose peut être utile dans le traitement de la douleur, des troubles de santé et de comportements répétitifs (comme le tabagisme), et en complément de la thérapie cognitivo-comportementale pour traiter l'anxiété, l'obésité et d'autres maladies. Cependant, la mesure dans laquelle l'hypnose offre des avantages au-delà de la détente dans ces cas n'est pas clair (Lynn, Kirsch, Barabasz, Cardena, et Patterson, 2000).
En somme, la conclusion que l'hypnose peut favoriser des faux souvenirs chez certaines personnes est indiscutable.
Aussi tentant que cela puisse être de communiquer avec un hypnotiseur pour localiser cette bague favorite vous avez égarée des années auparavant, nous vous recommandons que vous continuez à la chercher.