Faux souvenirs induits en psychothérapie et fausse mémoire

Le procès Benoit Yang Ting (résumé)
Dernière mise à jour le 13 février 2015


Un verdict historique: Benoît Yang Ting, thérapeute de la "mémoire retrouvée" est condamné en appel

justice

Ce mardi 13 février 2015, il a été condamné à un an de prison avec sursis pour abus de faiblesse. L'homme, aujourd'hui âgé de 78 ans, est accusé d'avoir implanté des faux souvenirs dans la tête de ses "patients". Il les avait isolés de leurs familles, de leurs amis, et leur avait extorqué de fortes sommes d'argent. Cette pratique est dénoncée par la Miviludes depuis 2007, mais c'est la première fois qu'une telle affaire est portée devant les tribunaux en France.
Ce verdict, très attendu par les familles des victimes, va permettre d'étayer l'arsenal juridique à leur service.


Premier procès en France contre un thérapeute de la "mémoire retrouvée"
"J'ai été ébloui par Freud pendant mes études et découvert l'humanothérapie"

Le procès

Deux thérapeutes, Benoît Yang-Ting et son épouse, comparaissent le mardi 10 avril 2012 à 14 heures pour "abus de faiblesse" devant le tribunal correctionnel de Paris. Ils sont accusés d'avoir extorqué des centaines de milliers d'euros à des patients, par la méthode des "faux souvenirs induits". Ils prétendaient leur faire revivre des souvenirs « soi-disant » refoulés.
En France, c’est le premier procès de thérapeutes de la mémoire "retrouvée". Des centaines de procédures ont eu lieu aux États-Unis et ont conduit à l’arrêt, dès 2002, du syndrome des faux souvenirs.
Les thérapeutes incriminés ont été condamnés à verser des millions de dollars de dommages et intérêts aux victimes et à leurs familles. Ils sont donc devenus très prudents. On peut douter que la condamnation éventuelle des deux thérapeutes sera suffisamment dissuasive en France. Mais c’est un début…

Les accusés:
Benoît Yang Ting, 76 ans, se dit humanothérapeute, il est le grand absent de son propre procès, officiellement malade, le thérapeute ne comparaît pas. Au premier rang, l'épouse du thérapeute, Suzanne Ramon, 66 ans, soupire et fait "non" de la tête, chaque fois qu'un témoin vient accabler son mari, jugé, comme elle, pour "abus de faiblesse" par le tribunal correctionnel de Paris.

La première défense de Benoit Yang Ting: Les plaignants ne seraient pas des personnes vulnérables
L'avocat de Benoît Yang-Ting, Me François Gibault, met en avant la non vulnérabilité des deux accusateurs : "L'une est avocate, l'autre est consultant en management. Ces personnes n'ont rien de vulnérable". [...] Les sessions n'avaient lieu que tous les trois ans, les patients sont donc revenus à chaque fois de leur plein gré".
"A l'époque, ils étaient très contents des soins prodigués par Benoît Yang Ting puisqu'ils en redemandaient", ironise ainsi Me François Gibault.
Par ailleurs, les victimes auront beaucoup de difficulté à prouver que les souvenirs qu'ils ont ressentis ont été soufflés par Benoît Yang-Ting.


La deuxième défense de Benoit Yang Ting: L'enseignement de Freud lui sert de justification.
La présidente a lu à haute voix ses procès-verbaux d’audition , en particulier les phrases qui relativisent son action
- "Pendant mes études j'ai été éblouï par Freud" [...]
- "l'argent comme la mesure d'un élément affectif, c'est un outil depuis Freud".

- " j'ai découvert l'humanothérapie durant mes études". "Ma vérité, c'est viser le bien de l'autre, donner sans attendre en retour",
- " Ce sont mes patients qui choisissent cette méthode, c'est à eux de voir s'ils veulent y adhérer".
- " Je n'impose rien", ils restent libres de ce chemin ou pas"
- "Chacun pratique à son niveau", considérait M. Yang Ting qui se glorifiait de nombreux succès,
- "J'ai reçu des alcooliques qui ont réglé leur problème avec l'alcool, j'ai reçu des drogués qui ont arrêté la drogue..."
Sa conclusion:
-"Je suis arrivé au sommet, du moins je le pense."
Note: Les enseignements de la manipulation mentale sont ici appliqués à la lettre

Des prestations facturées à prix d'or:
Il pouvait ainsi facturer:
- des sessions de trois semaines, tarifées 45 000 euros,
- des prestations 320 euros de l'heure,
- sanctionner 50 euros chaque faute d'orthographe commise par ses patients dans leurs compte-rendus,
- ouvrir son courrier quand cela était interdit, il fallait verser 150 euros par lettre, indique Me Anne Colonna,avocate des parties civiles.
- 75 euros pour être autorisés à se rendre aux toilettes.
.
L'avocate de Yang Ting, Claire Puireux-Reillac, a relevé que bien d'autres thérapeutes se font payer très cher :
- "J'ai calculé qu'une psychanalyse de sept ans peut coûter 52.000 euros, à raison de 100 euros la séance".
Un témoin, psychologue retraité, réplique alors :
- "Il faudrait calculer le tarif horaire de M. Yang Ting ! Il exigeait 300.000 francs pour trois semaines"
Note: cela fait bien environ 45 000 euros. La référence faite par l'avocate à la psychanalyse est assez significative

Les témoins de la défense:
Benoît Yang Ting produit ses témoins de moralité, parmi lesquels un sénateur apparenté socialiste qui vante son engagement social (sic), un psychiatre hospitalier qui n’a rien contre les séances à poil sur les divans.

Les accusations de Bernard Touchebeuf:
Bernard Touchebeuf, 58 ans, consultant en management, a expliqué avoir "perdu 750 000 euros et tant d'années avec ses parents". En utilisant la méthode des "faux souvenirs induits", le thérapeute autoproclamé a réussi à convaincre son patient des mauvais sentiments de ses parents envers lui:
- "J'étais persuadé qu'ils avaient voulu me tuer" a-t-il déclaré.
- Le patient s'est vu "dans le ventre de sa mère, quand il n'était qu'un embryon", il a alors "aperçu une aiguille à tricoter".
- Je me suis mis à inventer n’importe quoi, jusqu’à la couleur de l’aiguille à tricoter dans son utérus !"

Ces souvenirs ont été imposés à Bernard Touchebeuf lors de "sessions de trois semaines, tarifées 45 000 euros, et au cours desquelles il devait à peine manger, dormir et passer ensuite des heures sur un divan, entièrement nu.
- "Lors des sessions, Yang Ting me faisait suffoquer en m’appuyant sur le visage."
- "Il répétait que je n’avais pas réellement mal et qu’il fallait remonter dans le passé pour trouver l’origine de ma souffrance"

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Sa confiance dans le thérapeute va se fissurer lorsque sa fille de 7 ans revient d’une séance en affirmant avoir été abusée par sa nounou. La plainte de Sophie Poirot achèvera de l’éloigner de Benoît Yang Ting. A partir du moment ou il mettra en doute la parole du gourou, soit 23 ans après, c’est sa femme et sa fille qu’il perdra. Ainsi, lors d'un premier procès qu'il a perdu, son épouse témoignera en faveur de Benoît Y T et obtiendra la garde de sa fille qu’elle a remis entre les mains du « thérapeute », devinez alors de quoi se souvient la jeune fille ?
De 1984 à 2007, ce brillant consultant a été ainsi sous l'emprise mentale du thérapeute.


Les accusations de Me Sophie Poirot:
Maître Sophie Poirot entre en analyse sur les conseils de son père. Sophie Poirot, âgée d'une quarantaine d'années, a expliqué qu'elle a commencé sa thérapie alors qu'elle venait de perdre sa mère, à l'âge de 16 ans. En 12 ans, elle lui a coûté 238 000 euros.
Des sessions et entretiens imposés par le gourou. Des semaines non stop qu'elle passait, allongée et nue, soi-disant pour revivre des souffrances passées.
- "Pendant trois à cinq semaines, on arrivait chez lui vers 7 h 30, on s’allongeait nu sur le divan et on restait immobile pendant six à huit heures".
- "Pour déraciner la souffrance en moi", je devais remonter le plus loin possible dans mes souvenirs et revivre ces moments douloureux",
poursuit-elle. Elle s'était aussi décrite comme un "objet sexuel" du thérapeute.
Elle ne tardera pas à "retrouver", avec "l'aide" du thérapeute, un viol dont elle aurait été victime dans l’enfance. Benoit Yang Ting lui demandait:
- "Est-ce que votre père n'avait pas de désir?". "Ça a commencé comme ça..."
Ce souvenir refoulé aurait été la source de son mal-être qui n’avait rien d’imaginaire.[...] Évidemment, persuadée d’actes de pédophilie de son père à son endroit, Maître Sophie Poirot va rompre tout lien avec sa famille, mais aussi avec ses amis qui s’étonnent de son comportement.

L’emprise peut alors se resserrer par son isolement. A la fin, rapporte la jeune femme devenue avocate,
- on finit par vous mettre dans la tête que vos parents ne vous ont jamais aimé et que votre père vous a violée.
Quant aux amis, lui dit-on, en fait, ils t'aiment pas, ne retourne pas avec ces gens-là. Conclusion, résume-t-elle:
- "Avant la session, vous répondez au téléphone, après vous installez un répondeur et vous filtrez tous vous appels". [...]
- "Et vous faites une belle lettre à votre père pour lui dire que vous n'allez plus lui répondre.
- "Petit à petit, décrit-elle, le vide se fait autour de vous. Votre vie d'avant est remplacée par M. et Mme Yang Ting qui deviennent vos parents de substitution."
- "Nous étions plusieurs parmi ses patientes à avoir été soi-disant violées par nos pères," explique Sophie Poirot. Je trouvais cela bizarre, mais il nous disait :
- "Si vous êtes toutes là, c’est parce que vous avez vécu un énorme traumatisme !"
La plaignante a commencé à douter en comparant ses "souvenirs" avec ceux d'autres patients :
- "On s’est même aperçu qu’on avait vécu la même chose, c'est-à-dire qu’on avait toutes été violées par notre père voire notre grand-père".
Mais comment a-t-elle pu s’en sortir, puisque comme elle le dit elle-même :
- "vous ne pouvez plus dire non ."

Le sauvetage de Sophie Poirot: C'est là que commence l'"Opération Rescue"
Il a fallu qu’un homme la sorte de sa torpeur et ose faire face aux menaces, ce qui est finalement arrivé en 2001, alors que le cauchemar avait commencé en 1993. Son sauveur est devenu son mari et celui qui l’épaulera dans l’œuvre de dénonciation de la dérive sectaire dont elle a été la proie. Le courage de l’avocate et de son mari permettront aussi à d’autres langues de se délier.

Les autres victimes:
Se présente ensuite à la barre une femme qui a bien connu le thérapeute : Roselyne Sylvie Franck, 66 ans. "M. Yang Ting sait charmer, il a une belle voix profonde, avec "un crucifix accroché dans son cabinet, même si son "manteau de cachemire et tout l'apparat ne "colle pas très bien avec ce statut de thérapeute chrétien", dit-elle.
Elle regrette amèrement d'avoir présenté à Yang Ting "son frère en dépression, puis sa petite cousine, et une de ses amies d'enfance". Selon elle, la jeune cousine Mathilde, très vulnérable, se trouva vite sous l'emprise de M. Yang Ting qui "accéléra" les sessions dès qu'elle bénéficia d'un gros héritage.
"A la mort de sa mère, elle avait 17 millions de francs. Quand elle est partie aux Etats-Unis, pour fuir les Yang Ting, il lui en restait 5".
Mathilde m'avait dit : "j'ai revécu un souvenir. Maman a essayé d'avorter quand elle était enceinte de moi". "Il l'avait même convaincue qu'elle avait été violée par son père et par son grand-père !", s'indigne-t-elle.
Quant à l'amie aux "gros problèmes psychiques" qu'elle lui avait aussi présentée, elle s'est suicidée. Mme Franck n'accuse pas Yang Ting d'en être responsable mais relève qu'il "lui avait fait arrêter son traitement médicamenteux". "Quand elle délirait dangereusement, il me disait : "faite-lui écouter de la musique, donnez-lui des oligo-éléments, faites-lui prendre des bains".


Le verdict

Le verdict a été rendu le 12 juin 2012 (source agences de presse):
Le psychothérapeute parisien, accusé par deux anciens patients de les avoir manipulés mentalement, leur créant notamment de faux souvenirs d'abus sexuels, a été reconnu coupable d'abus de faiblesse, mardi 12 juin. Il a été condamné à un an de prison avec sursis et 50 000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Paris. Le ministère public avait requis, le 12 avril, dix-huit mois de prison avec sursis et 100 000 euros d'amende.
Benoît Yang Ting, 76 ans, devra verser 100 000 euros et 50 000 euros de dommages-intérêts aux deux anciens patients qui s'étaient constitués parties civiles. L’épouse du thérapeute, qui était également poursuivie, n’a pas été condamnée par le tribunal correctionnel de Paris.

Patient Jugement du 12 juin 2012: Dommages et intérêts Sommes versée au thérapeute au cours de la thérapie
Bernard Touchebeuf 100 000 euros 750 000 euros
Sophie Poirot 50 000 euros 238 000 euros

L'avocate des anciens patients, Anne Colonna a salué la condamnation mais estimé que, "vu les préjudices subis", les montants des indemnisations étaient "décevants". "Nous savons pertinemment que 200.000 euros, c'est une goutte d'eau pour M. Yang Ting, vu son patrimoine dont nous avions pris connaissance. Il s'en sort très bien", a-t-elle estimé.
Une sanction symbolique qui fera peut-être jurisprudence, mais qui n'est pas dissuasive. Rappelons que les thérapeutes américains ont été condamnés à des millions de dollars de dommages et intérêts avant de cesser leurs pratiques...

La Miviludes a publié le 15 juin un communiqué de presse dans lequel elle relève:"Ce procès emblématique de l'emprise sectaire exercée par un "gourou thérapeutique" fut aussi pour la première fois celui des "faux souvenirs induits"[...] Les parties civiles et les témoins -parmi lesquelles d'anciennes victimes dont les faits sont aujourd'hui prescrits- ont décrit cette emprise exercée sur eux durant de nombreuses années par le "thérapeute". Le jugement est susceptible d'appel."


Le procès en appel de l'"humanothérapeute" Benoït Yang Ting est reporté.

justice

Communiqué du CCMM * (extrait)
- Cette affaire n’a pas été plaidée et elle a été renvoyée au 7 novembre prochain. En effet, Monsieur YANG TING n’a pas été cité, par huissier, à comparaître à l’audience du 6 juin 2013. La Cour a demandé que le certificat médical présenté à l’audience par l’avocat de Monsieur YANG TING soit précisé grâce à la communication d’un certificat médical plus circonstancié. La Cour a également demandé de prévoir la désignation d’un curateur ou d’un tuteur si l’état de santé de Monsieur YANG TING le nécessite.
La Cour s’est ainsi interrogée sur le mandat de représentation de l’avocat de Monsieur YANG TING, au vu de l’état de santé de celui-ci décrit aux termes du certificat médical. Les termes de ce certificat médical ont été lus à haute voix par Monsieur Le Président :
"Monsieur YANG TING est apragmatique.... il a du mal à choisir ses mots.....l’altération de ses facultés cognitives s’est aggravée...il n’est pas apte à assister à l’audience et à répondre aux questions".
Suite à la question de Monsieur Le Président, Madame RAMON, épouse de Monsieur YANG-TING a répondu : " il n’est plus capable de gérer les choses du quotidien".
Dans ce communiqué vous trouverez le texte qu'avait publié la Miviludes et celui de Benoit Yang Ting au titre de la demande d’insertion d’un droit de réponse (voir ci-dessous) **. Pour lire le communiqué du CCMM en entier : cliquer...ici

* Le CCMM Centre Contre les Manipulations Mentales : CCMM–CENTRE ROGER IKOR.
L’association CCMM a pour but de participer à la protection de la Liberté de l’Homme : « Elle s’oppose à toute action, collective ou individuelle, qui tend, par quelque moyen que ce soit, à pénétrer, domestiquer ou asservir les esprits, notamment ceux des jeunes.

** La réponse de Benoit Yang Ting au communiqué de la Miviludes.
"J’ai interjeté appel du jugement du Tribunal correctionnel de Paris, dont vous faites état dans votre communiqué. Je conteste en effet les faits qui me sont reprochés. Vous me présentez comme un "gourou thérapeutique". L’utilisation de ces termes évoque des pratiques sectaires qui ne sont pas les miennes. Vous faites également usage de guillemets pour me désigner en tant que "thérapeute", sous-entendant l’absence de sérieux de mon travail. Or je possède un diplôme de psychologue clinicien de l’université Paris V René Descartes, et, à la suite de stages effectués à l’hôpital Sainte-Anne, j’ai exercé en tant que psychologue-psychothérapeute pendant plus de trente ans. La présentation de ma méthode, qui consiste, selon vous, "à convaincre le "patient" de l’existence de faux souvenirs", est parfaitement mensongère. Cette méthode se fonde au contraire sur le respect du patient, pour lui permettre de découvrir ses propres traumatismes et de les exprimer librement, tels qu’il les a vécus. Je n’ai, à aucun moment, forcé quiconque à suivre cette méthode, et mes patients ont toujours été libres de cesser leur thérapie à tout moment. Certains de mes patients ont d’ailleurs pu témoigner, dans le cadre de l’enquête menée avant l’audience et lors de l’audience, des réels bienfaits de ma méthode thérapeutique. En outre -contrairement à ce que laisse penser votre utilisation au pluriel des termes "anciennes victimes", seule une patiente -hormis les parties civiles, a témoigné en ma défaveur. Dès lors, je continuerai à me battre, devant la Cour d’appel de Paris, pour faire reconnaître mon innocence.
Benoît Yang-Ting."


Quid de ses facultés cognitives....et de sa capacité à gérer les choses du quotidien!!


La conclusion

- Des témoignages de victimes sont enfin publiés dans la presse, le méchanisme de manipulation mentale est décrit ainsi que l'emprise du thérapeute sur ses patients
- Les publications et les études sont bien confirmées : lire Les origines du syndrome des faux souvenirs" de Brigitte Axelrad et la pièce "Souvenirs fantômes " d'Arnold Wesker
- L'influence des théories et des concepts de Sigmund Freud est reconnue par le thérapeute lui-même. La presse s'en fait écho. Un tabou commence à se lever.
- Une première condamnation pour abus de faiblesse est prononcée, même si elle est notoirement insuffisante.
- Bernard et Sophie espèrent que ce procès servira d’exemple pour d’autres victimes de ces pseudos-thérapeutes. Nous aussi…

Lire notre synthèse des articles de presse ...ici


Les réactions au procès


Le thérapeute accusé d'implanter de faux souvenirs à ses patients condamné.

express

Voici un extrait de l'article de l'Express du 12 juin 2012:

Une technique bien rodée
Le mensonge paraît en effet évident vu de l'extérieur, mais la manipulation psychique est telle qu'il faut souvent un intervenant extérieur pour ouvrir les yeux des victimes. Or, la thérapie consiste souvent à couper les liens. "On est bien là dans une manipulation mentale", avait assuré la procureure, Laetitia Felici, au moment du réquisitoire, avant de brocarder les pratiques "anti-déontologiques" de ce "charlatan". "Ce sont des charlatans qui accrochent une plaque de thérapeute et ciblent des personnes qui traversent une période de mal-être, avait expliqué George Fenech, le président de la Miviludes, à L'Express au moment du procès. Ils instaurent un climat de confiance et font croire à leurs patients que leur mal-être remonte à la petite enfance. Quand ils sont conditionnés, il fait revenir à la surface un souvenir prétendument refoulé - souvent une agression sexuelle de la part d'un membre de la famille ou de la maltraitance - qui expliquerait la cause du mal-être. La personne va alors s'approprier cette scène et y croire comme s'il s'agissait de son propre souvenir."
Une méthode appliquée à la lettre par le psychothérapeute: "Quand ma mère (est) morte, j'avais 16 ans, a raconté Sophie Poirot pendant le procès. Mon père m'avait prise dans ses bras, c'était quand même normal... Mais Yang Ting demandait: 'Est-ce que votre père n'avait pas de désir?'. Ca a commencé comme ça..." **.
** Nous l'expliquons dans : Les "10 commandements" du thérapeute. Voir ci-dessous et ...ici

Entre 5000 et 10 000 thérapeutes concernés
Ce verdict, très attendu par les familles des victimes, va permettre d'étayer l'arsenal juridique à leur service. Car selon l'organisme de lutte contre les sectes, entre 5000 et 10 000 thérapeutes non qualifiés utilisent des pratiques non-conventionnelles à l'instar des faux souvenirs induits.

Commentaires des lecteurs de l'Express:
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/le-therapeute-accuse-d-implanter-de-faux-souvenirs-a-ses- patients-condamne_1125792.html

Ninibaby - 12/06/2012 19:53:35
Notre famille ne connaissait pas jusqu'au printemps 2011, les faux souvenirs induits en psychothérapie. Nous ne devons pas oublier que les victimes de ses pratiques sont les patients eux-mêmes, les parents accusés (dans notre famille notre père est accusé d'inceste et notre mère de complicité d'inceste) mais aussi les petits-enfants qui sont dans notre cas interdits de voir leurs grands parents et les cousins/cousines/oncles/tantes/pour simplifier tous ceux qui n'adhèrent pas à "l"existence" d'abus sexuels. La rupture avec l'entourage fait partie du processus de manipulation. Notre sœur a eu "cette révélation" à 40 ans, après avoir consulté à plusieurs reprises une thérapeute qui dans le cas présent ne demande pas d'argent à ses patients. Comme toutes les personnes manipulées par un psychothérapeute ayant induits des faux souvenirs d'abus sexuels, elle a perdu tout sens critique et croit trouver une réponse à son mal-être. Ce qu'il faut comprendre, c'est que la manipulation est telle que les accusateurs sont persuadés d'avoir été abusés, que les psychothérapeutes sont souvent de bonne foi (ils croient à ce qu'ils annoncent à leurs patients). Le site à consulter sur le sujet : http://www.psyfmfrance.fr/ Surtout, je crois que ce qu'il faut retenir de tout cela c'est que des familles entières sont dévastées et détruites. C’est le cas de la nôtre.

nechnech - 12/06/2012 23:21:51
Espérons qu'il soit le premier condamné d'une longue série


Le procès de Benoît Yang Ting : Réactions en chaîne...

Les lecteurs du site et la presse ont réagi au procès intenté par Bernard Touchebeuf et Sophie Poirot au thérapeute des faux souvenirs, Benoît Yang Ting. Voici quelques réactions :

- "On finit par vous mettre dans la tête que vos parents ne vous ont jamais aimé et que votre père vous a violée" (RTL)
- La chasse aux destructeurs de famille est ouverte...
- Son cas cumule l'induction de faux souvenirs, l'extorsion de fonds et des relations sexuelles dénoncées par la patiente. On croirait lire le roman de Sarah Chiche, L'Emprise, paru de façon prémonitoire en 2010 chez Grasset. Un beau sujet de film en perspective.
- Cette technique illustrée par le film Eternal Sunshine of the Spotless Mind a malheureusement franchi la frontière de la fiction. (www.allodocteurs.fr)
- je suis déçue, le réquisitoire (100 000€ d'amende et de la prison avec sursis) n'est pas à la hauteur, la procureure n'a pas compris l'enjeu de ce procès ...dommage.
- les faux souvenirs induits ont encore de beaux jours devant eux en France. Soutirez des millions d'euros à des personnes fragiles ils ne vous en coutera que 100 000€...
- ce procès est une bonne chose pour faire connaître ces thérapies des faux souvenirs 
- les patients des psychiatres des faux souvenirs sont eux remboursés en partie par la Sécu, on ne le dit pas assez 
- le cas est spectaculaire. Sur ce plan, il ne reflète pas ce que nous vivons, l’aiguille bleue vue par le fœtus parait ridicule, cela risque de discréditer les autre cas réels
- les montants escroqués sont certes importants mais notre souffrance quotidienne ne se mesure pas avec de l’argent 
- les grands-parents privés du droit de visite de leurs petits-enfants ne sont jamais entendus 
- le JAF (juge aux affaires familiales) réagit aux accusations par « il n’y a pas de fumée sans feu » et ne nous donne pas raison pour le droit de visite de nos petits-enfants 
- la loi ne permet pas en France aux familles d’assigner le thérapeute, puisqu’elles ne sont pas les victimes directes et que le thérapeute demande souvent le secret sur lui et sa méthode
- quand décidera-t-on de faire un recensement sérieux du nombre de victimes des faux souvenirs.
- Où prend-on les chiffres qu’on avance ? Il y en a des milliers, plus que d’accidentés de la route, et on ne fait rien
- Si on ne connaît pas exactement le nombre de thérapeutes utilisant cette technique, la Miviludes recense entre 5000 et 10 000 thérapeutes non qualifiés utilisant des pratiques non-conventionnelles à l'instar des faux souvenirs induits. (L'Express.fr) - ….
Lire les autres réactions sur ce procès ci-dessous.


Procès suite: LES IDÉES CLAIRES DE CAROLINE ELIACHEFF du 18 avril 2012

logo France culture

- Très bonne chronique de Caroline Eliacheff en ce 18 avril 2012 sur France Culture elle parle des "thérapies de la mémoire retrouvée" et des Faux souvenirs induits. Écouter ici :

Pour une fois qu’une psychanalyste évoque ce sujet…il faut le souligner.
On peut regretter toutefois qu’elle ait fait l’impasse sur :
- Les origines théoriques du syndrome des faux souvenirs.
Les thérapeutes de la « mémoire retrouvée » s’appuient sur la théorie de la séduction de Freud. Théorie sur laquelle il est ensuite revenu pour la remplacer par la théorie du complexe d’Œdipe. Lire aussi le dossier sur les origines du syndrome des faux souvenirs: ...ici
- Le concept freudien, non scientifiquement prouvé, du «refoulement», et
- L’utilisation par ces thérapeutes du concept freudien d’ «inconscient » qu’ils s’évertuent à «faire parler» par des techniques que Caroline Eliacheff a cité : suggestion, hypnose, analyse des rêves, imagerie guidée…
Écouter la chronique: ...ici
et/ou lire le texte de la chronique sur Le Huffington Post: ...ici


Procès suite: Plus d’un million et demi de cas d’incestes « révélés » par l’induction de souvenir aux Etats-Unis

logo JIM

- Le Journal International de Médecine (JIM), réservé aux professionnels de santé, du 13/04/2012 réagit au réquisitoire dans le procès du thérapeute freudien Benoît Yang Ting sous le titre, "Induction de faux souvenirs : dix-huit mois de prison avec sursis requis contre un pseudo thérapeute".

Le journal revient sur le nombre de victimes des faux souvenirs "retrouvés" en thérapie, il serait plus important que généralement admis, notamment aux États-Unis; il cite le psychologue Robert A. Blaker** qui livrait ces chiffres en 2008:
- le phénomène concernait aux Etats-Unis 160 000 cas d’abus sexuels infantiles en 1967
- et 1 700 000 en 1985 dont 65 % sans fondement.
Lire l'article : ...ici

** Robert Allen Baker Jr. était un psychologue américain. Il a reçu un doctorat en psychologie de l'Université de Stanford en 1951. Baker était un critique de la pseudo-science dans la pratique de la psychiatrie et de la psychothérapie. Il a consacré beaucoup de son temps à l'hypnose et syndrome des faux souvenirs. Il a publié notamment: Child Sexual Abuse et False Memory Syndrome , Amherst, New York: Prometheus Books, ISBN 1573921823.


Procès suite: George Fenech, Président de la Miviludes, régit au procès

Interview G. Fenech

- Procès suite: France Bleu le 13/04/2012 George Fenech, Président de la Miviludes, la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires est l'invité du fait du jour. Il réagit à la tenue du premier procès en France sur le Faux Souvenirs Induits. Écouter l’interview : ...ici


Procès suite: Le Monde rend compte du procès de Benoit Yang-Ting à sa façon...

Le Monde

- Le journal Le Monde le 13/04/2012, après 3 jours de réflexion, rend compte du procès de Benoit Yang-Ting. Le journal donne notamment la parole au thérapeute:
"Selon M. Yang Ting, dont le procès verbal d'audition a été lu à l'audience, ces méthodes lui ont permis de guérir des alcooliques, et même des drogués. "Je partage ma vérité", a-t-il dit aux policiers. Pour lui, le revirement de ces deux patients est le résultat d'une manipulation, orchestrée notamment par le mari de Mme Poirot. Et de démentir les accusations d'abus sexuels. "Pour moi, c'est le bien de l'autre qui est prioritaire", a-t-il dit. Quant au montant de ses prestations, il a déclaré : "l'argent est un moyen de faire comprendre à la personne la valeur des choses".

Cités par la défense, plusieurs témoins sont venus défendre l'intégrité de M. Yang Ting. Ainsi, un psychiatre hospitalier, ami du couple, est venu expliquer qu'il ne voyait pas de problème lié à la nudité, "si c'est accepté par le patient", de même que les dérapages sexuels, qui sont tolérés par "nos usages, par l'air du temps". Claude Lise, sénateur de la Martinique, d'où est originaire M. Yang Ting, a lui aussi pris la défense du thérapeute : "les accusations portées contre lui sont invraisemblables et je n'a jamais rien perçu de sectaire chez lui". M. Lise a dit par ailleurs son admiration pour "son intégrité, sa générosité et son engagement social en Martinique".

Citant Lacan, qui pratiquait des "prix extravagants", l'avocat de la défense Me Gibault a demandé s'il valait mieux faire une session de trois semaines qu'"une psychothérapie qui dure sept, huit, voire dix ans". Pour lui, les deux plaignants "n'étaient pas en état de vulnérabilité". "L'une est avocate, l'autre, consultant en management, a-t-il rappelé. Au cours des conversations, il y a des souvenirs qui remontent. Des vrais et des faux. Mais, "est-ce que le tribunal est armé pour dire si tel souvenir est vrai, tel autre est faux ?", a-t-il souligné, avant de conclure : "Dans le doute, on s'abstient."

Une défense qui n'a pas convaincu le procureur de la république Laetitia Felici, qui a dénoncé un "couple maléfique", qui s'est rendu coupable d'"abus de faiblesse par manipulation mentale". "Il n'y a rien de thérapeutique dans ce que fait M. Yang Ting", a-t-elle ajouté, dénonçant les actes d'un "charlatan machiavélique", pour finalement requérir 18 mois de prison avec sursis et 100 000 euros d'amendes contre l'humanothérapeute et 12 mois avec sursis contre sa femme. Jugement le 12 juin. Lire l'article ...ici

Note 1: Toutes les références à Freud qui avaient été relevées pendant l'enquête et rapportées à l'audience ("j'ai été « ébloui par Freud » durant mes études" [...] « l'argent est la mesure d'un élément affectif, c'est un outil depuis Freud») ont été gommées par le journaliste du Monde: Simon Piel.
Note 2: Le réquisitoire de Madame Laeticia Felici a peu de chance de dissuader les thérapeutes de la "mémoire retrouvée" de poursuivre leurs activités destructrices.


Procès suite: Il créait de faux souvenirs chez ses patients

Quotidien du Médecin

- Allodocteurs et France5 le 11/04/2012 rend compte du procès de Benoit Yang-Ting et met en ligne une interview de Françoise Chalmeau, ex-conseillère sur les questions de santé à la MIVILUDES. Madame Chalmeau connait bien le dossier, elle était intervenue en Haute Savoie avec Madame Axelrad devant une salle composée de médecins et de victimes des faux souvenirs. Elle avait fait également une intervention remarquée au Colloque du GEMPPI à Marseille. Elle indique, elle aussi que les victimes sont souvent d'un bon niveau intellectuel, manipulés par des gens très habiles et manipulateurs qui mettent le patient sous un emprise extrêmement destructrice. Parmi les 400 thérapies recensées elle en cite 2 reconnues: l'hypnose et la psychanalyse. Voir la vidéo ...ici


Procès suite: La MIVILUDES cible les médecins dans son guide

Quotidien du Médecin

- Le Quotidien du Médecin du 11/04/2012 indique que la Miviludes publie un guide qui s’adresse au monde de la santé : à la fois pour aider les professionnels de santé (médecins, dentiste, sage-femme, pharmacien, infirmier...) à repérer un patient membre d’un groupe sectaire et à agir face à un confrère engagé dans un mouvement déviant.
La MIVILUDES rappelle à cette occasion les méthodes les plus répandues (psychologisantes, décodage biologique, faux souvenirs induits, kinésiologie, énergiologie...) et détaille les symptômes alarmants et les situations à risque. Au médecin, le guide conseille d’alerter son conseil départemental ou son agence régionale de santé, dotés d’un référent dérives sectaires. Il décrit aussi la marche à suivre en cas de mise en danger du patient, de refus de soin, ou de refus de toute couverture vaccinale. Lire l'article ...ici

Dans la préface, le président Georges Fenech communique un certain nombre d’estimations :
- Quatre Français sur dix ont recours aux médecines dites complémentaires (dont 60 % parmi les malades du cancer) ;
- 400 pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique sont proposées ;
- 1.800 structures d’enseignement ou de formation sont « à risques » ;
- 4.000 « psychothérapeutes » autoproclamés n’ont suivi aucune formation et ne sont inscrits sur aucun registre ;
- 3.000 médecins seraient en lien avec la mouvance sectaire.

Nous avons relevé dans ce guide, une erreur, page 28, lorsqu'il indique: "Les faux souvenirs induits, en vogue outre-Atlantique, compteraient déjà 800 victimes principalement dans les pays anglo-saxons». Ce chiffre est fantaisiste puique l'étude de Mark Pendergrast l'a évalué à plus d'un million aux États-Unis et que la FMSF rassemble des dizaines de millers d'adhérents. Il serait temps que la Miviludes enquête en France pour mesurer le nombre de victimes et des thérapeutes de la mémoire retrouvée.


Procès suite: Faux souvenirs : ces cas d'inceste inventés sur le divan

Francetvinfo

- Francetvinfo publie le 11/04/2012 un article bien documenté à l'occasion du procès du "thérapeute" Benoît Yang Ting. La journaliste Marion Solletty s'est documentée de façon sérieuse et ne se contente pas de reproduire les dépêches d'agence. Elle fait référence notamment à la False Memory Syndrome Foundation, à notre site, à l'ouvrage "Les ravages des faux souvenirs", publié en 2010 (Book-e-book) par Brigitte Axelrad, et aux travaux d'Hedwige Dehon, docteur en sciences psychologiques, qui travaille sur le sujet au sein de l'unité de psychologie cognitive de l'Université de Liège. Elle cite Jean-Marie Abgrall, psychiatre aujourd'hui retraité, et longtemps expert pour des affaires judiciaires de ce type. Il a connu des dizaines de cas tout au long de sa carrière où "la réalité des faits s'efface derrière une fiction". Parfois, des incohérences flagrantes apparaissant, comme dans ce cas cité par Hedwige Dehon, où la victime pensait avoir été violée par son beau-père au domicile dont la famille avait déménagé plusieurs années avant les faits. Mais certains cas sont beaucoup plus difficiles à juger.
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