Faux souvenirs induits en psychothérapie et fausse mémoire

Le mythe de l'Inconscient
Dernière mise à jour le 26 sept.2013


Du danger d'invoquer l'"Inconscient" pour déterrer des faux souvenirs.

Les mécanismes inconscients

L’inconscient, c’est ce qui se situe hors du champ de la conscience. D’abord considéré comme adjectif, l’inconscient s’entend d’un individu qui ne possède pas de conscience, mais c’est aussi, toutes choses qui échappent à la conscience. Depuis plus de 300 ans, des philosophes et des médecins, ensuite des psys et finalement tout le monde expliquent des conduites observables par des mécanismes inconscients. Ce n'est pas sans raisons : à tout moment, nos réactions participent de processus auxquels nous ne réfléchissons pas ou dont nous ignorons l'existence.[...] Il y a plus de 100 ans, William James mettait en garde contre l'utilisation du concept d'inconscient, toutefois, avant même la naissance de la psychanalyse, il dénonçait les explications passe-partout par l'Inconscient.

L’Inconscient freudien

L’Inconscient est le mot-clé du freudisme. Cependant, Freud n’a pas découvert le concept d’Inconscient. Il l’a emprunté à d’autres, philosophes et psychologues du XIXe siècle, tels Leibnitz et les « perceptions confuses », Ed. Von Hartmann et sa « Philosophie de l’inconscient », ou encore Schopenhauer et Nietzsche, pour ne citer qu’eux. Littéralement, le qualificatif d’« inconscient » (avec une minuscule) décrit les phénomènes qui échappent au conscient. Avec Freud, l’« Inconscient » (avec une majuscule) désigne une partie perturbée, névrosée du psychisme, qui renferme des pensées « refoulées », parce que jugées inacceptables par la conscience. Ces pensées refoulées inconscientes sont remodelées dans l’Inconscient et ressurgissent de façon déguisée sous la forme de manifestations quotidiennes, telles les lapsus linguae, les actes manqués, les rêves, les oublis de noms et de projets, les angoisses et les symptômes névrotiques, qui s’expriment à travers le corps, ce que Freud a désigné sous l’ expression de « psychopathologie de la vie quotidienne ».
Pour Sigmund Freud, l'Inconscient est assimilé à un réservoir de souvenirs et de pulsions refoulées. Pour passer dans le système conscient, il subit l’épreuve de la censure. Si cette dernière lui refuse le passage, l’acte psychique doit rester dans l’inconscient, on dit qu’il est REFOULÉ. Pour les thérapeutes de la « mémoire retrouvée » "Quand l'Inconscient parle il dit la vérité". Il s’agira donc pour eux de faire « parler » l’Inconscient pour guérir le patient.

L'Inconscient : un personnage mythologique

Les appels à la prudence se sont répétés. Ils sont restés sans beaucoup d'effets. Au XXe siècle, on invoque l' “ Inconscient ” comme on invoquait les esprits au siècle passé. Cette façon de parler, qui entraîne une façon de penser, a produit de puissantes mythologies, auxquelles croient beaucoup de gens intelligents et instruits, mais peu au fait de la psychologie scientifique. Après James, Alain et tant d'autres, il faut répéter les mises en garde. Emile-Auguste Chartier, dit Alain, enseignait en 1941 :
"Il y a de la difficulté sur le terme d'inconscient. Le principal est de comprendre comment la psychologie a imaginé ce personnage mythologique". La théorie psychanalytique détruit, selon Alain, la conscience morale. Pour lui, affirmer que l’inconscient a du pouvoir sur l’homme, c’est le déposséder de sa conscience, et donc de sa dignité.

Il faut répéter les mises en garde. Il y a lieu d'être particulièrement vigilant lorsque des psys parlent de l'Inconscient dans un jargon ésotérique. Leur procédé est comparable à celui des spirites : ils profitent de l'obscurité par faire croire qu'ils communiquent avec l'autre monde.

La conception "chosiste" de l'inconscient est toujours en vogue.

Les romantiques allemands du XIXe siècle ont développé l'idée que l'inconscient est une “ chose ” mystérieuse, qui mène une vie autonome au plus profond de nous. C'était par exemple la conception de Von Hartmann, l'auteur de la célèbre Philosophie de l'Inconscient :
"Consolons-nous d'avoir un esprit si pratique et si bas, si peu poétique et si peu religieux ; il y a au fond de chacun de nous un merveilleux inconscient qui rêve et qui prie pendant que nous travaillons à gagner notre vie."
Aujourd'hui la conception "chosiste" de l'Inconscient - avec une majuscule - est toujours en vogue. Sous des habits variés, c'est fondamentalement celle des différentes Écoles de psychanalyse et des psychologies populaires.
Au début de son œuvre, Freud parlait de "désir inconscient" et de "représentation inconsciente". Malheureusement, il en est venu rapidement à une conception "substantialiste" de l'Inconscient. Il déclarait :
"Nous réservons le nom d’inconscient aux faits psychiques refoulés, c’est-à-dire dynamiquement inconscients."[...] "Nous avons pris l'habitude d'opérer avec l'Inconscient comme avec une chose palpable."

En résumé :

Le reproche principal que l’on peut faire à la psychanalyse, c’est :
- de prêter à l’inconscient des qualités : il ne connaît ni le temps, ni la contradiction, il est régulé par le principe du plaisir-déplaisir ;
- de lui prêter des propriétés : c’est le réservoir de pulsions et des intentions, comme la censure sur les pensées pathogènes ;
et tout cela sans preuves scientifiques. Là encore, on retrouve la prétention récurrente de la psychanalyse à vouloir combler les lacunes actuelles de la connaissance scientifique par sa propre théorie.

Le refoulement un processus vraiment "inventé" par Freud

Le refoulement est "un processus supposé par moi et je l'ai considéré prouvé par l'existence indéniable de la résistance" écrivait Freud dans son livre Cinq leçons sur la psychanalyse. Pour la psychanalyse, le refoulement est vu comme un mode de défense privilégié contre les pulsions. Le refoulement est l'opération par laquelle le sujet repousse et maintient à distance du conscient des représentations considérées comme désagréables, car inconciliables avec le Moi. Il ne faut pas confondre :
Répression : un désir vient de l'inconscient, passe dans la conscience et est renvoyé dans l'inconscient.
Refoulement : un désir essaie d'accéder à la conscience et est renvoyé dans l'inconscient sans avoir pu y accéder.
Le concept de refoulement est cependant remis en question par les partisans d'une approche neurologique de l'esprit humain, et au regard de l'acquisition des récentes connaissances scientifiques sur le fonctionnement cérébral.
Vous en saurez plus en lisant notre page spéciale...ici

Le texte ci-dessus est en grande partie extrait
- d'un article de Brigitte Axelrad dans la revue de l'AFIS cliquer...ici et
- du livre de J. Van Rillaer (2003) Psychologie de la vie quotidienne. Paris : Odile Jacob, p. 187 à 222.
Les titres de paragraphes sont de Psyfmfrance.
Pour lire l'extrait du livre de Jacques Van Rillaer (25 pages) : Force et fragilité de la mémoire cliquer...ici